04 juillet 2008
La débacle
J’ai
la mémoire qui flanche,
mais je me souviens très
bien….
Raoul, l’ingénu vous a déjà conté ce qu’il
vit de ses yeux d’enfant, lorsqu’en 1940 les allemands déboulèrent sur la
France. Ce n’était qu’un épisode au milieu de l’immense
désastre que notre pays n’ait jamais connu.
-Tu
exagères en parlant d’immense désastre ! Nous connaissons bien notre
histoire de PETAIN à DE GAULLE et finalement nos résistants et nos soldats nous
ont permis d’en sortir fièrement. Regarde, maintenant avec nos droits de
l’Homme, nous faisons la leçon au monde
- Non, mes
enfants, on vous cache la Honte qui marqua de façon indélébile notre pays et
qui peut se produire à nouveau….demain.
- Alors
raconte, comme les vieux qu’on n’écoute plus !
Nous sommes en 1936. Le peuple français,
après deux ans de chaudes luttes souvent
verbales a gagné. C’est la fête, on profite enfin des congés payés et l’on peut
chanter en savourant la vie :
« Tous les patrons sont des cochons, on les pendra dans leurs
maisons ».
Les Espagnols font de même cette année là,
mais leurs bourgeois sont plus coriaces :
C’est
la guerre civile atroce, encouragée par
les autres nations à condition que la bataille reste sur leur sol. C’est un
beau champ d’essai au rodage de la guerre, surtout aérienne, les Espagnols
étant trop cruels dans leurs haines.
Par exemple, un français, MALRAUX, jeune intellectuel aventurier en sera, au côté des
« rouges républicains ». Il équipe une escadrille pilotée par des
mercenaires. C’est beau l’idéalisme de combat même si l’on se trompe
d’objectif, et c’est puéril ! Un groupage des communistes formera les
« brigades internationales » qui paieront un lourd tribut à la guerre
au sol. 10.000 d’entre eux, soit le tiers, le paieront de leur vie. Quand on
aime, on ne compte pas.
En face, les « fascistes » MUSSOLINI
et HITLER plus réalistes, appuient de
toute leur puissance étatique le Général FRANCO. On lui offre la mission Condor
dont les Stukas vont régler in situ le hurlement de leurs sirènes (les
trompettes de Jericho) et juger la
réaction des foules épouvantées. Le cocktail aviation- chars est
particulièrement détonnant. Bien savoir comment semer la terreur, ça
pourra servir !
L’Allemagne remue beaucoup
a cette époque. On a pu admirer sa force d’organisation aux jeux olympiques de
1936 et à la reprise armée de la SARRE, puis de la RHENANIE sans réaction des
anciens vainqueurs au traité bafoué.
Rien n’alerte !
Et que font les Français
pendant ce temps : ils laissent remodeler cette Europe, sans inquiétude.
N’ont-ils pas la meilleure armée du monde et des hommes politiques brillants
comme DALADIER qui le 30 Septembre 1938 a signé, à la joie générale, les accords de MUNICH.
Un an après, le 3
Septembre 1939 la France déclare la guerre à l’Allemagne qui vient d’envahir la
Pologne que nous étions censés protéger en grands seigneurs. Nous n’en faisons
rien, mais nous sommes prêts chez nous ; notre ligne Maginot est inexpugnable,
bien que, sur pression des belges, qui ne voulaient pas être enfermés au-delà
de cette barrière, des zones ne sont pas sécurisées. La position belge était simple :
nous avons des canons qui peuvent être braqués aussi bien sur les allemands que
sur ces français toujours turbulents comme on vient de le voir en 1936 avec
leur Front Populaire.. En réponse prudente, en 1937, nous avons déclaré notre
neutralité. La sagesse du roi LEOPOLD III nous protège. Mauvais calcul !
Depuis la déclaration de guerre, des troupes anglaises et françaises doivent
venir appuyer l’armée belge insuffisante.
De Septembre 1939 au 10 Mai 1940, on vit la
« drôle de guerre »
La France a mis plus de
2 millions d’hommes sur la ligne de combats dont des troupes coloniales, qui se
languiront d’ennui pendant 8 mois d’attente Heureusement, on peut se distraire.
- Des tirailleurs algériens tiennent les
avants postes. La nuit tombée à leur habitude ils chantent accroupis en rond en
claquant des mains. Les Allemands qui ne comprenaient rien à la musique arabe
se sont permis de les imiter en poussant des « youyou ». Cela a déclenché
une pétarade d’une heure ; ceux là sont prêts à se battre
-A Creuzwald (Moselle) au milieu des bois des
soldats se baignent dans un plan d’eau aménagé mais se cachent vite dans les
cabines dès que ronflait un avion allemand..
-le 7 Mai, les cantonnements sont vides.
L’armée est au « cinéma aux armées »
-le 9 Mai, si calme, le Général Huntsinger
avait organisé un transport du personnel à Vouziers (Ardennes) pour assister à
une représentation du « théâtre aux armées » et ce Général était
lui-même parti inaugurer le « foyer du soldat » à Mouzay (Meuse)
On est bien informés par les diplomates, le
clergé et de plus, une mission aérienne porteuse de tracts a vu une immense
chenille motorisée montrant l’imminence de l’attaque allemande. Cela
n’interrompt pas la noria des permissions qui affectent 12 pour 100 des
effectifs, officiers et soldats compris.
Le Général Hassler, par exemple, ne rejoindra
la 22e division qu’il
commande, que 4 jours après le début de la bataille. Il était en
permission !
Le décor est planté,
voyons le drame.
Hitler veut bloquer le
détroit de Calais, face aux anglais, mais il craint pour y parvenir, ces
diables de français qu’il a connu en 14-18, et son Etat-major est réticent. Il
donne cependant l’ordre de foncer et le 10 MAI 1940 à l’aube, premier créneau météorologique.
Hitler est un grand stratège ! C’est le « führer »
Nos généraux, comme Gamelin, ont aussi
l’expérience de 14-18. Ils sont certains que les divisions motorisées et
blindées allemandes ne peuvent passer
par les forêts de l’Eifel et le massif des
Ardennes. Lourde erreur.
Le 10 MAI 1940, les allemands déboulent entre
Sedan et le Luxembourg. Ils attaquent en
même temps la Belgique et la Hollande
Le 13
MAI ils ont forcé la Meuse par leurs ponts de bateaux.
Quelques résistances
courageuses de soldats français sont connues et sauvent l’honneur : 92.000
morts marqueront douloureusement leurs actions d’éclat ; mais pour
l’essentiel, en 5 jours, c’est la débandade. Cherchons des excuses : les
chars français étaient dispersés entre toutes les unités où en réserve soignée
dans les arsenaux et si l’on connaissait le bouthéon de pinard, on ne
connaissait pas encore le jerrycan à carburant. Les motorisés étaient
ravitaillés groupage autour des camions citernes.
Les civils Belges, surtout wallons, commencent a
déferler vers le Sud. Ils sont au moins 2 millions. Les Français du Nord vont
suivre. Ils sont 6 millions. C’est la folie de l’exode, sa pagaille, avec son
cortège de mitraillages par stuka hurlants et les troupes légères allemandes
fonçant dans cet énorme désordre.
A partir du 15 MAI, les Parisiens voient
arriver les voitures belges avec matelas
sur le toit pour amortir l’impact des rafales venue du ciel. Et l’Armée Française ? Au groupe d’armée
n°3 on obtient la Croix de guerre, simplement si on a gardé son fusil. Quels
héros méritants !
Et les autres en
déroute !
Début JUIN, les allemands ont fait 1.212.000
prisonniers alliés. Ce chiffre va presque doubler en moins de 3 semaines.
A mi-JUIN 1940, on compte 1.850.000
prisonniers français de moins de 30 ans.
Qu’en
fait-on ?
Les Allemands
éberlués les regroupent dans des « frontstalags » crées dans les
casernes, les écoles, les cinémas, les chapelles, les granges, les fabriques
abandonnées, les stades, les champs clos de barbelés….
Une pancarte « frontstalag » sur
une chaise et un mirador de fortune font l’affaire.
Ils sont gardés par des militaires plus où
moins estropiés qui les méprisent, mais montrent l’ampleur de la mobilisation
allemande. Ces réservistes handicapés ne
sont guère charitables : ils envoient des fusées éclairantes pour les
observer la nuit et les assommer d’insomnie.
Ils ne savent plus
quoi en faire de ces prisonniers pris par dizaines de milliers chaque jour !
Certains allemands, sans doute humanistes, affirment discrètement :
« Dites aux militaires de s’habiller en costumes civils ; sinon nous
sommes obligés de les faire prisonniers et nous en avons déjà trop ».
Comment
vivent-ils?
Evidemment rien
n’est organisé. Plus de 1.800.000 bouches à nourrir subitement par des troupes
d’assaut, c’est impossible! Ils vont rester longtemps à crever de faim.
Certains font bouillir des herbes, des graines de mouron (puisque les oiseaux
en vivent,) leur ceinturon de cuir, d’autres un paturon de cheval mort. Ils
vivront pendant des semaines dans un état de promiscuité incroyable. Heureusement,
il fait beau et chaud.
La
toilette et les toilettes sont inexistantes. Certains utilisent leurs papiers
militaires, et les arabes plus traditionnels des cailloux. Les feuilles de
chêne, symboles du régime allemand sont interdites
Essayons de
comprendre !
Pourquoi sont-ils restés là, passifs,
désorientés ? Qu’attendaient ces français habituellement
indisciplinés et combinards ? Des papiers de démobilisation ? Leur
solde ? La quille ? Ah, oui, plutôt la démobilisation.
Selon le Général Gaitard les principaux
facteurs de cet état d’esprit ont été l’inaction, la propagande (euphémisme de
la politique) et l’alcool.
Le 11 JUIN le gouvernement déclare Paris ville
ouverte ce qui provoque le départ massif des Parisiens et des
réfugiés. On pressent la fin.
Le 14 JUIN les allemands
entrent dans Paris.
Le 17 JUIN, le maréchal PETAIN leur
dit à la radio : « c’est le cœur serré que je vous dis
aujourd’hui qu’il faut cesser le combat » et il demande l’armistice..
Le 22 JUIN 1940, est signé l’armistice à
RETHONDES, tout un symbole depuis 1918.
.On s’en fout, on va rentrer chez nous,
croient-ils
Un général allemand après avoir assisté avant
guerre au défilé de notre 9e Armée déclarait : rarement il m’a été
donné de contempler une troupe aussi débraillée et mal tenue. Mais ce qui me
choque le plus a été l’expression qu’on voyait sur les visages où se lisaient
le mécontentement et l’insubordination. !
La
suite de l’ Histoire.
Un premier classement s’établit :
200.000
hommes sont libérés sur place.
75.000 alsaciens et
lorrains sont renvoyés chez eux. Ils vont resservir !
80.000 nord-Africains
et noirs sont maintenus en France ; ils n’en veulent pas chez eux, ces
aryens.
Reste donc 1.500.000 prisonniers français envoyés en Allemagne.
Certains resteront en France dans des camps de transit jusqu’en
JUILLET 1941.
Terminons par une
anecdote :
CORBEIL (Essonne) est
une ville généreuse qui nourrit les soldats perdus qui passent.
« Arrivés dans cette ville notre
petit groupe de soldats essaie de faire constater son passage pour être en
règle. Nous étions bien mal inspirés. Le soldat Allemand nous reçoit très mal.
Il nous a ri au nez. Notre naïveté le stupéfiait. »
LECTEURS, AMIS, ENFANTS, L’INGENU
EXPLIQUE :
Si l’Histoire de France est pleine de coups
d’éclat depuis 1789, dont on sait souvent inculquer une gloire discutable à nos
enfants, celle-ci récente vous a-t’elle été contée par vos parents et grands parents
dont vous avez mémoire où qui sont encore vivants. Non sans doute, malgré
l’énorme souffrance qu’ils ont subi pendant 5 ans de captivité. Ils en ont
HONTE et ont sans doute oublié où modifié l’histoire.
La
débandade de 1940 a plusieurs
raisons fondamentales : nos vieux généraux n’avaient pas oublié la
stratégie de 14-18 qui leur avait réussi avec l’appui américain
et voulaient
continuer à l’appliquer. Ils en étaient restés au convoi hippomobile et les
armes modernes comme les tanks et les avions étaient distribués
parcimonieusement au mérite pour appuyer l’Infanterie et conservées en stock.
Ils avaient aussi des batailles d’idées stratégiques, la discussion et la
dispute étant un des traits du français.
Et la troupe ? Beaucoup sont des « rouges républicains » qui voulaient
conforter leur passage bien trop long dans l’armée et profiter de la vie. Le
farniente forcé pendant 8 mois de « drôle de guerre » a complètement
anéanti leur agressivité combattante et l’attaque des troupes « fascistes »
allemandes les anéantit. Ils se sauvent et le fusil avec sa fleur sont jetés au
fossé. Dans leur esprit « fonctionnarisé » l’armistice de PETAIN va
leur permettre de rentrer chez eux tout de suite après 4 semaines de guerre
réelle.
Les souvenirs de Raoul l’ingénu sur cette
époque sont fragmentés.
Ce fut d’abord le passage de ces calots kakis à deux pointes et bandes molletières passant devant chez lui
généralement sans fusil au milieu d’un exode hétéroclite et affolé.
Ce furent ensuite ces collectes de
fond en donnant des spectacles où des femmes pleuraient aux poèmes touchant leurs
longues années de solitude à l’âge où l’on construit une famille. C’etait dur
et de nombreux couples ne l’ont pas supporté.
Enfin ce
furent ces soldats isolés, rencontrés, pas toujours malheureux quand ils
étaient libres et ce stalag V-A où 4.000
d’entre eux étaient parqués et fous de joie d’être libérés par les leurs, pour
me faire comprendre l’ampleur du drame.
Terminons par une conclusion qui ne vous plaira guère :
Quand on assiste aux tribulations plus où moins anodines, vicieuses et
répétitives des français : discussions, manifestations, grèves, défense des
Droits de l’Homme irraisonné et chaperonnage des irréguliers, on n’y retrouve
aucun amour de notre pays, aucune fierté de ses symboles, comme le drapeau.
Nombre d’entre vous ne sont que des « rouges républicains » qui
veulent oublier le passé contrariant. Ils se croient grands et donnent avec
insolence des leçons aux autres pays. Quel irréalisme !
Comment s’étonner que des pays pourtant imprégnés de notre
culture aient pris le large ?
Bibliographie : la France contemporaine : les années
quarante.
: Vie et mort des
français.